De la solidarité pour les petits, des libertés pour les grands

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Avant, et pendant la grande vague socialiste qui s’imposa en Europe, du début du XXe siècle jusqu’au tournant de la Grande Réforme libérale des années 70, l’oisiveté du peuple était synonyme de danger pour tous ceux qui avaient intérêt à maintenir les choses en place. En ce temps, travailler et obéir fût la combinaison de force pour maintenir la petite masse des gens ordinaires. Désormais, l’équation a changé. La démographie et la mécanisation ont créé deux mouvements contraires – l’un tend à plus de travailleurs, l’autre à remplacer le travail – qui n’ont de solution qu’en réinventant la combinaison de force capable de contenir les foules irraisonnables.

L’oisiveté change de camp

« Ainsi que la plupart des gens de ma génération, j’ai été élevé selon le principe que l’oisiveté  est  mère de tous vices. » Qui n’a jamais entendu les discours insistants en famille, à l’école, avec nos proches, affirmant que travailler dur c’est être quelqu’un de respectable. D’où leur vient cette conviction ? Qui est le maître qui leur a dicté que le travail était un commandement ? Mais au fait, qu’est-ce que le travail ? Oublions un instant que le travail est Mère des vertus. « Depuis le début de la civilisation, nous dit Russell, jusqu’à la Révolution industrielle, un homme ne pouvait guère produire par son labeur plus qu’il ne lui fallait, à lui et à sa famille. Le peu d’excédent qui restait lorsqu’on avait assuré les choses essentielles de la vie n’était pas conservé par ceux qui l’avaient produit : c’étaient les guerriers et les prêtres qui se l’appropriaient. (…) s’ils avaient été laissés à eux-mêmes, les paysans des collectivités primitives ne se seraient jamais dessaisis du maigre excédent mais auraient soit réduit leur production, soit augmenté leur consommation.  Au  début,  c’est  par  la  force  brute  qu’ils  furent contraints de produire ce surplus et de s’en démunir. Peu à peu, on s’aperçut qu’il était possible de faire accepter à bon nombre d’entre eux une éthique selon laquelle il était de leur devoir de travailler dur, même si une partie de leur travail servait à entretenir d’autres individus  dans  l’oisiveté. » Le devoir de travailler dur selon Russell, est un commandement que les obligés ont érigé en doctrine pour satisfaire aux volontés de leur maître. Mais cette idée ancienne, qu’il est dangereux d’accorder aux pauvres des loisirs, est en train d’évoluer sous nos yeux.

La solidarité comme équilibre

L’équation est simple, la démographie a explosé depuis la Seconde Guerre mondiale en même temps que la mécanisation s’introduisait dans tous les corps professionnels. Ainsi à mesure que les machines remplacent les travailleurs, le nombre de travailleurs augmente. Quelles solutions ? Comment ne pas créer des foules immenses révoltées contre leurs maîtres à mesure que celles-là sont dépossédées de leur travail ? Visiblement, face à ce grand mouvement, l’État, depuis la Réforme néo-libérale des années 70, a choisi de donner les moyens de ne rien faire en prélevant et en redistribuant massivement les richesses collectives. Résultat : de plus en plus de monde est dépendant de l’État. Voici l’un des grands changements de paradigme qui se met en place depuis 30 ans : avant, les masses de gens ordinaires devaient travailler dur pour continuer à vivre pendant qu’un petit nombre jouissait de leur richesse ; désormais, un petit nombre travailleront pendant que la masse des gens ordinaires profiteront des systèmes de solidarité – revenus minimum, salaires compensés, etc.

La solidarité comme condition

Quelles conséquences pour celui qui dépend de plus en plus des mécanismes de solidarité collective ? Dépendre des richesses collectives c’est dépendre du public, c’est se déposséder de notre espace privé quand celui-ci n’est possible que grâce à l’État. Être dépendant, c’est donner un bout de soi à un tiers. Si une partie de la masse juge qu’il est sain de profiter des richesses collectives, elle choisit en même temps de devenir un « animal public ». Un animal qui choisit délibérément que l’on vienne lui jeter sa nourriture tous les mois sur son compte bancaire. Resté sur vos gardes ! L’État a choisi de compenser la baisse structurelle du nombre d’emploi par plus de solidarité, et fabriquera plus d’animaux publics qui n’auront comme horizon que d’attendre de leur maître – l’État – qu’il fasse l’aumône. Qui aujourd’hui ne bénéficie pas des richesses collectives prélevées et redistribuées par solidarité ?

La solidarité s’introduit comme état nécessaire à la condition humaine, et cela, au détriment de nos libertés.

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